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Entretien avec Michel Barnier, Commissaire européen

Qu’est-ce qu’un Commissaire européen ?

Propos recueillis par Blanche Sousi
Michel Barnier est commissaire européen chargé du marché intérieur et des services depuis 2010. A ce titre, il a notamment mis en œuvre le programme de régulation financière du G20, lancé le projet d’union bancaire et relancé le marché unique. C’est son deuxième mandat à la Commission européenne après avoir été en charge de la politique régionale (1999-2004). Il a aussi été élu local de Savoie, parlementaire et plusieurs fois ministre. Nous lui avons demandé de nous expliquer, à partir d’exemples concrets pris dans l’actualité, à quoi sert un commissaire européen, les intérêts qu’il défend  et l’importance qu’auront les élections de mai  2014 au Parlement européen sur la composition de la prochaine Commission européenne.

Blanche Sousi – Les textes européens sont adoptés par le Parlement européen et le Conseil. Dès lors, à quoi sert un commissaire européen ? Expliquez nous, en prenant un exemple concret, quel est votre rôle tout au long de la procédure.

Michel BarnierLa Commission européenne a un rôle bien précis : prendre l’initiative, c’est-à-dire proposer des textes au Parlement européen et au Conseil, qui décident, puis faire appliquer ces textes.
Très concrètement, pour une proposition comme celle dite « CRD IV » qui relève les exigences de fonds propres et de liquidités des banques, nous avons commencé par ouvrir plusieurs consultations publiques, d’une durée de 12 semaines, pour recueillir tous les points de vue en présence, qu’ils viennent par exemple des banques ou d’associations de défense des consommateurs ou des contribuables.
Nous avons tenu compte des points de vue exprimés sans jamais perdre de vue l’intérêt général européen – qui ne se résume pas à la somme des intérêts particuliers ! – et nous avons proposé notre réforme le 20 juillet 2011.
Ce texte a ensuite été examiné en détail par le Parlement européen, qui représente les peuples, et par le Conseil, qui représente les Etats. A la fin de la procédure, la Commission européenne joue fréquemment les « bons offices » au sein des « trilogues », qui permettent en général de lever les dernières difficultés.
Dans le cas de CRD IV, les discussions se sont étendues sur près de deux ans, avant que le texte puisse entrer en vigueur, le 17 juillet 2013. Cela peut paraître long, mais c’est le temps de la démocratie.

B.S. – Vous êtes l’un des 28 commissaires européens composant la Commission européenne. Expliquez nous, toujours à partir d’exemples concrets, quelle est votre place au sein de ce collège y compris face à celui qui en est le Président ?

M.B. – Pour jouer son rôle, qui consiste à prendre des initiatives au centre du jeu européen, en synthétisant l’intérêt général, la Commission européenne ne se limite pas à écouter tous les points de vue : elle en débat.
C’est le but du collège des 28 commissaires qui se réunit tous les mercredis matin pour décider des initiatives à proposer. Le Président participe à ces débats en tant que primus inter pares, c’est-à-dire sans avoir nécessairement le dernier mot sur la décision, même si la voix de José-Manuel Barroso est naturellement très écoutée.
Lorsque je siège à cette grande table du Collège, je ne représente ni mon pays, ni mon parti, ni aucun intérêt individuel. J’exprime ma voix en conscience, en fonction de ce que j’estime être l’intérêt général européen.
Cela a pu me conduire ces dernières années à exprimer une voix dissonante, par exemple en faisant part de mes réserves sur le risque d’effets récessifs de politiques d’austérité trop brutales ou en m’opposant à l’autorisation des cultures de maïs transgénique.
Cette pratique du débat collégial, qui fait la force d’une institution comme la Commission européenne, doit à mon sens être renforcée.

B.S. – Votre mandat, comme celui des autres commissaires, prend fin en 2014. Une nouvelle Commission avec un nouveau Président sera donc constituée.  Expliquez nous en quoi cela est important pour les citoyens de l’Union européenne.

M.B. – Avec mes 27 collègues, nous avons pris nos fonctions en 2010, en plein milieu de la crise. Pendant quatre ans, nous avons réagi, souvent le dos au mur, en apportant les réponses nécessaires : la régulation financière, le renforcement de la gouvernance économique et budgétaire de la zone euro, la relance du marché unique.
La prochaine Commission aura une feuille de route différente : elle devra profiter de la stabilité retrouvée pour reprendre l’initiative et apporter des réponses créatives à de grands défis comme l’emploi, la place de l’Europe dans le monde et la démocratie européenne.
Pour définir cette nouvelle ambition et changer l’Europe, chaque citoyen a un rôle à jouer à travers son vote aux élections européennes de mai 2014. Pour la première fois, ces élections seront personnalisées, c’est-à-dire que les partis politiques européens présenteront à l’avance leur candidat à la présidence de la Commission.
C’est une première avancée vers davantage de démocratie européenne qui doit contribuer à un véritable débat d’idées à l’échelle de l’Union. J’encourage donc celles et ceux qui nous lisent à prendre part à ce débat et à aller voter en mai.